Suivre un match de football sur une application de streaming expose souvent à entendre les voisins hurler un but trente secondes avant de voir l’action à l’écran. Cet écart de diffusion entre le flux web et la télévision hertzienne découle des mécanismes de mise en mémoire tampon des protocoles actuels comme le HLS d’Apple ou le MPEG-DASH. Pour corriger ce décalage technique, l’Alliance for Open Media et plusieurs géants des télécoms déploient une alternative concrète : le protocole MoQ (Media over QUIC).
Le retard habituel du direct sur Internet provient du découpage de la vidéo en petits morceaux de deux à six secondes. Votre téléviseur connecté ou votre smartphone doit télécharger et stocker plusieurs segments d’affilée pour éviter les coupures si la connexion faiblit, ce qui accumule facilement 15 à 45 secondes de différé par rapport au terrain. À l’inverse, la TNT envoie un signal linéaire continu capté en direct par l’antenne râteau, avec seulement 3 à 5 secondes de délai technique.
MoQ repose sur le protocole réseau QUIC, le même qui accélère déjà le chargement des pages web en HTTP/3 via les paquets UDP. Au lieu d’attendre qu’un paquet de données manquant bloque toute la file d’attente comme le fait le protocole TCP, cette architecture transmet les images sous forme d’objets unitaires dès leur encodage. Si une image intermédiaire se perd en route, le lecteur vidéo passe directement à la suivante sans figer l’écran, ce qui abaisse la latence globale à moins de deux secondes.
Les diffuseurs sportifs et les plateformes de vidéo à la demande testent actuellement cette infrastructure à grande échelle. L’objectif consiste à maintenir cette quasi-instantanéité sans saturer les serveurs de diffusion (CDN) lorsque plusieurs millions de spectateurs se connectent en même temps sur le même canal, un défi qui mettait jusqu’ici en échec les solutions ultra-basse latence comme le WebRTC.
L’intégration de MoQ dans les applications grand public se fera de manière transparente, directement via les mises à jour logicielles de vos navigateurs, décodeurs TV et téléviseurs connectés. Vérifiez la version logicielle de votre équipement dès les prochaines compétitions sportives pour savoir si votre diffuseur a déjà basculé sur ces nouveaux tuyaux de diffusion.
Cet article a été modifié pour la dernière fois le 14 septembre 2026 15h51