L’administration américaine vient de mettre en ligne America.gov, un portail unique pensé pour remplacer la navigation labyrinthique à travers près de 29 000 sites web fédéraux. Conçu par le National Design Studio et supervisé par la General Services Administration (GSA), le service s’appuie sur un agent conversationnel propulsé conjointement par les modèles Gemini de Google et Grok de xAI pour répondre aux interrogations des administrés en langage naturel.
Pour sa première phase de déploiement, l’interface se concentre sur l’orientation et la recherche documentaire. Les internautes peuvent poser des questions par écrit ou par commande vocale en anglais, espagnol et français, ou encore soumettre des documents PDF administratifs pour en obtenir une explication vulgarisée après anonymisation automatique des données personnelles. L’intégration directe des démarches lourdes (demandes de passeport, suivi des droits Medicare ou recherche d’emplois fédéraux) n’interviendra qu’à partir de 2027 via le système d’authentification Login.gov, tandis que le fisc (IRS) et le renseignement restent exclus du périmètre.
Dès les premières heures de sa mise en service, l’agent a provoqué des remous en contredisant directement plusieurs déclarations de Donald Trump. Interrogé sur l’élection présidentielle de 2020 ou sur les chiffres historiques de l’inflation, le robot s’est d’abord appuyé sur les données factuelles des agences fédérales pour démentir les théories de fraude électorale et rectifier les statistiques économiques. Les équipes techniques ont rapidement bridé l’outil en cours de journée, lui ordonnant de refuser toute réponse sur des sujets politiques ou législatifs jugés sensibles.
Cette centralisation suscite des réserves quant à la neutralité des réponses fournies aux citoyens et à la gestion de la vie privée. Même si le décret présidentiel interdit formellement la constitution d’un fichier centralisé de renseignements sur les utilisateurs, déléguer l’accès aux services publics à des modèles d’intelligence artificielle commerciaux pose la question de la fiabilité des informations délivrées face aux ajustements politiques manuels.
Cet article a été modifié pour la dernière fois le 2 octobre 2026 9h00